
38 Marianne Cailloux
et de son dispositif monumental ni des sémantiques qu’il véhicule au fil de ses
mutations
5
.
2.3. Le traitement documentaire des objets coloniaux
La superposition difficile du monument et des missions muséales qui s’y
succèdent se trahit dans les comptes rendus de réunion avec la difficulté d’évo-
lution de l’institution dans son lieu d’installation: rien de prévu entre les années
1978 et 1999 pour la visite guidée du palais en tant que bâtiment ni autour
des mobiliers coloniaux
6
. En 1990, les propos montrent une réflexion à mener
face à «une série aujourd’hui malencontreuse de réminiscences de l’époque
coloniale: le square des combattants d’Indochine, le Monument Marchand,
la longue énumération de la façade ouest… Tout cela dessert d’emblée toute
velléité de rénovation»
7
. Le rapport de 1992 appelle à «s’affranchir du passé
colonial du Maao» car «il ne paraît pas souhaitable d’assumer l’acte fondateur
qui a généré cette institution: l’exposition coloniale»
8
. Les rapports d’activités
montrent que les actions pédagogiques ne portent ni sur le Palais comme bâti-
ment ni sur l’histoire coloniale; par exemple en 1999, le programme propose
des activités scientifiques et scolaires, mais aussi touristiques (visites, parcours,
conférences, spectacles) sur des thématiques comme la danse, le masque, la re-
lique. Le seul projet touchant à des questions vives de la société contemporaine
française est un débat multiculturel sur l’exposition muséographique des restes
témoins d’individus et de groupe, mais rien n’est mentionné sur les enjeux
prégnants de cette décennie comme l’héritage colonial, les migrations ou les
conflits interculturels, 1999 étant pourtant l’année de la publication du bilan
des régularisations d’étrangers lancée en 1997
9
.
Pourtant, l’enjeu patrimonial, lié au matériel muséal d’origine, est conscien-
tisé par les professionnels. Le projet de 1994 prévoit de considérer ces objets
difficiles à médiatiser et délicats à déplacer: «L’étage supérieur dont la majeure
partie a servi de grenier […] abrite encore une petite partie de la présentation
avec dioramas des ressources économiques des colonies, qu’il faut sauver»
10
.
Une note de 2001 annonce que le «recensement des vitrines anciennes du
musée a été entrepris en vue de leur regroupement pour une campagne pho-
tographique», préconise une manutention particulière et prévoit d’alerter le
responsable de la surveillance et le secrétaire général si une réutilisation était
5
Le livre de comptes du musée pour la période 1960-1984 montre l’entretien sans modification
expographique. AMQB, B-J 7AAI/610.
6
AMQB, B - AG, DA001521/614011989.
7
AMQB, B - AG, 7AAI/ 597, 1990.
8
AMQB, B - AG, 7AAI/ 592, 1992, p. 6 et 32.
9
AMQB, B - AG, 1999DA003199/6717201/01/1999, 31/12/1999.
10
AMQB, B– AG 7AA/596.